Quelle place pour la PAC dans un monde globalisé ?

Alors que l’agriculture européenne fait face à de profondes mutations, la Politique Agricole Commune (PAC) suscite de nombreuses interrogations. Entre mondialisation, besoins de durabilité et pressions nationales croissantes, la PAC reste-t-elle véritablement une politique commune ? L’agroéconomiste Jean-Marie Séronie apporte son éclairage sur ce sujet stratégique, lors d’une rencontre organisée à UniLaSalle Rouen avec le Syrpa Normand.

Invité par le Syrpa Normand à l’école supérieure d’agriculture UniLaSalle Rouen, Jean-Marie Séronie, agroéconomiste reconnu et conseiller indépendant, est venu partager les réflexions de son dernier essai : « PAC et mondialisation, une politique européenne encore commune ? ».

Face à un public composé d’étudiants et de professionnels de la communication agricole, il a dressé un constat sans détour de l’évolution de la PAC. Selon lui, cette politique, jadis cohérente et performante, souffre aujourd’hui d’un manque de lisibilité. Écartelée entre attentes nationales disparates et ouverture des marchés mondiaux, la PAC connaît un émiettement croissant de ses objectifs et de ses outils.

Un recul du sens commun

Initialement pensée pour développer l’autosuffisance alimentaire européenne, moderniser l’agriculture ou encore soutenir les zones défavorisées (ICHN), la PAC a connu son âge d’or durant plusieurs décennies. Mais aujourd’hui, ses mécanismes sont souvent perçus comme technocratiques, complexes et inadaptés aux réalités du terrain.

Jean-Marie Séronie attribue cette perte de cap à une série de réformes successives dictées notamment par la réponse française à la mondialisation, comme le refus de tourner pleinement la page des prix garantis. Cette position a progressivement mené à des dispositifs d’exception nationale, affaiblissant le socle communautaire de la politique agricole.

Vers une renationalisation de la PAC ?

Le risque pointé par l’auteur est clair : à force de dérogations et de sur-mesure exigé par les États membres, la PAC pourrait perdre son caractère commun pour devenir un assemblage de politiques nationales financées par l’Union. Une renationalisation silencieuse que de nombreux observateurs redoutent, tant elle menace la cohérence et la solidarité entre agriculteurs européens.

Construire une politique d’accompagnement pour l’avenir

En guise de réponse, Jean-Marie Séronie plaide pour une PAC refondée autour de la gestion des risques agricoles et d’un réel accompagnement à la transition. Fin des aides au revenu direct, place à des mécanismes collectifs de soutien et de résilience économique, intégrés dans une véritable logique européenne. Une mutation nécessaire, alors que les exploitants agricoles doivent s’adapter à un contexte climatique, économique et commercial de plus en plus incertain.

Pour explorer les propositions de Jean-Marie Séronie en détail, consultez son ouvrage sur le site des éditions Quae : PAC et mondialisation

À l’heure où le modèle agricole européen est questionné, Jean-Marie Séronie alerte sur les dangers d’une PAC morcelée et invite à repenser sa structure dans une logique commune, résiliente et tournée vers l’avenir. Une réflexion essentielle pour bâtir l’agriculture européenne de demain.