Faire défiler des animaux d’élevage en plein centre-ville, transformer une place emblématique en paysage pastoral et consacrer un hall entier à une activité agricole encore méconnue : à l’occasion de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, le Sommet de l’Élevage a choisi de voir grand. Mais derrière ces opérations événementielles se pose une question essentielle : comment faire comprendre au grand public les réalités et les contributions du pastoralisme ?
C’est autour de cet enjeu que le SYRPA a réuni, le 8 octobre 2026 au Sommet de l’Élevage, Olivier Maurin, éleveur transhumant dans les Pyrénées et représentant du CORAM, et Victor Berthon, directeur du Sommet de l’Élevage et du Comptoir des Éleveurs.
Coanimée par Véronique Spaletta et Anaïs Zimouche, cette rencontre a permis de confronter deux approches complémentaires : celle d’un éleveur confronté quotidiennement aux enjeux de reconnaissance de son métier et celle d’un organisateur qui a fait du pastoralisme un axe fort de sa communication en 2026.
Le pastoralisme, une activité ancrée dans les territoires… mais encore mal connue
L’Auvergne est historiquement une terre de pastoralisme. Ses grands espaces, ses prairies et ses races d’élevage font partie de l’identité agricole du territoire.
Pour Victor Berthon, le pastoralisme occupe une place historique au Sommet de l’Élevage, reflet de l’ancrage de l’événement dans les territoires d’élevage du Massif central. L’année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux a toutefois constitué une occasion particulière d’amplifier sa mise en lumière.
Mais un constat a renforcé cette volonté : le pastoralisme reste étonnamment méconnu.
Victor Berthon a notamment raconté avoir découvert, lors d’une discussion avec des proches vivant pourtant dans la région, que plusieurs d’entre eux ne savaient pas réellement définir cette pratique.
Une méconnaissance qui ne concerne pas uniquement les citadins. Lors d’échanges avec des visiteurs du Sommet, les organisateurs ont également constaté que les définitions du pastoralisme pouvaient varier, y compris auprès d’un public agricole.
Pour Olivier Maurin, le pastoralisme désigne avant tout des systèmes d’élevage qui valorisent les ressources naturelles des territoires par le pâturage. Une activité fondée sur l’adaptation aux saisons, aux reliefs, aux conditions climatiques et aux ressources disponibles.
Et contrairement aux représentations les plus courantes, le pastoralisme ne se limite pas à la haute montagne. Il recouvre une grande diversité de pratiques, de territoires et de systèmes d’élevage.
Un premier enjeu de communication apparaît alors : comment valoriser une activité lorsque sa définition même n’est pas partagée par tous ?
Pour les professionnels de la communication, cela implique de ne pas surestimer les connaissances du public. Avant de défendre les bénéfices du pastoralisme, il faut d’abord en expliquer le fonctionnement, les métiers et les réalités.
Pâture : transformer la place de Jaude en vitrine du pastoralisme
Pour répondre à ce défi, le Sommet de l’Élevage a choisi de ne pas se limiter à une campagne d’information traditionnelle.
À l’occasion de cette année internationale, plusieurs actions complémentaires ont été déployées : un espace de 300 m² consacré au pastoralisme au sein du salon, des conférences réunissant professionnels et experts, des échanges avec des délégations internationales et, surtout, une opération destinée au grand public : Pâture.
Le principe ? Faire entrer le pastoralisme au cœur de Clermont-Ferrand.
Sur la place de Jaude, place principale et emblématique de la ville, plusieurs milliers de mètres carrés ont été transformés pour recréer un paysage pastoral inspiré du Massif central.
Pour son inauguration, une transhumance urbaine a été organisée, suivie d’un défilé mettant à l’honneur les animaux et les races d’élevage. Vaches et moutons ont ainsi investi le centre-ville dans une ambiance de « Fashion Cow », clin d’œil à la Fashion Week parisienne.
Mais au-delà du caractère spectaculaire, l’opération répondait à une véritable logique de communication.
Plutôt que de demander au public de venir découvrir le pastoralisme, le pastoralisme est allé à sa rencontre.
L’événement a permis de mobiliser plusieurs leviers : la surprise, la convivialité, la découverte des animaux, mais aussi la valorisation des produits issus de l’élevage.
Victor Berthon a notamment souligné l’intérêt de passer par l’alimentation pour faire comprendre les liens entre les pratiques agricoles, les territoires et les produits consommés.
En associant découverte, gastronomie et événementiel, Pâture a ainsi proposé plusieurs portes d’entrée vers un sujet qui aurait pu sembler technique ou éloigné des préoccupations quotidiennes.
Une démarche qui rappelle qu’une opération de communication peut être à la fois spectaculaire et pédagogique, à condition que l’expérience proposée serve le message que l’on souhaite transmettre.
Une stratégie qui dépasse le seul événement grand public
Si Pâture a constitué la partie la plus visible du dispositif, la stratégie du Sommet de l’Élevage ne s’est pas arrêtée à cette opération.
Au sein du salon, un espace de 300 m² a été dédié au pastoralisme, tandis qu’une conférence a réuni environ 600 participants autour de ses enjeux.
La présence de délégations internationales et de plusieurs pays mis à l’honneur a également permis d’élargir les échanges à d’autres pratiques et réalités pastorales.
Ce dispositif illustre une approche intéressante : adapter les formats de communication aux différents publics sans perdre la cohérence du message.
Au grand public, une expérience immersive et accessible. Aux professionnels, des conférences, des échanges techniques et des rencontres internationales. Aux médias, des images fortes et une actualité événementielle susceptible de dépasser le cercle agricole.
Cette complémentarité permet de multiplier les occasions de parler du pastoralisme, sans attendre que les publics s’intéressent spontanément au sujet.
Elle pose néanmoins une autre question : une opération qui attire les visiteurs et marque les esprits permet-elle nécessairement de mieux comprendre les réalités de l’élevage ?
Derrière les paysages, rendre visibles les réalités du métier
Pour Olivier Maurin, la valorisation du pastoralisme ne peut pas se résumer à montrer de beaux paysages et des troupeaux en estive.
Ces images constituent une porte d’entrée, mais elles ne disent pas tout de l’activité.
Le pastoralisme repose sur des savoir-faire, des contraintes économiques, une adaptation permanente aux conditions naturelles et une organisation du travail qui reste largement méconnue.
Cette méconnaissance se manifeste notamment dans le partage des espaces de montagne.
Randonneurs, trailers, touristes et éleveurs fréquentent parfois les mêmes territoires sans en connaître les usages respectifs. La présence des troupeaux, les chiens de protection ou les contraintes liées au pâturage peuvent alors générer des incompréhensions.
Face à ces situations, la communication joue un rôle qui dépasse la promotion de l’activité : elle devient un outil de pédagogie et de sensibilisation.
Olivier Maurin a insisté sur l’importance de ce travail, qui doit associer les éleveurs, mais également les collectivités, les acteurs du tourisme et les structures présentes sur les territoires.
Il a aussi rappelé la force de l’immersion : découvrir le quotidien des éleveurs et comprendre directement leurs pratiques reste l’un des moyens les plus concrets de dépasser les idées reçues.
Pour les communicants, l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre des images capables de susciter l’intérêt et des contenus qui permettent réellement de comprendre le métier.
Un élevage ancestral qui répond aux défis de demain
C’est l’un des paradoxes les plus marquants de cette rencontre : le pastoralisme reste méconnu alors qu’il contribue à répondre à de nombreux enjeux contemporains.
Préservation des paysages et de la biodiversité, entretien des espaces naturels, valorisation de ressources herbagères, dynamisme économique des territoires ruraux, résilience des systèmes d’élevage… Ses contributions vont bien au-delà de la seule production agricole.
Le pâturage peut également, selon les contextes, participer à la prévention des incendies en limitant l’accumulation de végétation combustible.
Pour Olivier Maurin, la reconnaissance de ces contributions est essentielle à l’avenir de l’activité.
Il a notamment évoqué la place de la biodiversité et la nécessité de mieux faire reconnaître le rôle des animaux d’élevage dans l’équilibre des territoires, aux côtés de la biodiversité sauvage.
Le sujet dépasse donc la seule question de l’image.
Faire connaître les bénéfices du pastoralisme, c’est aussi permettre à la société de mieux comprendre les conditions nécessaires à son maintien et à son développement.
De son côté, Victor Berthon a rappelé que le pastoralisme répond à plusieurs dimensions de l’élevage durable : le respect des ressources naturelles, l’ancrage territorial et la nécessité de préserver une activité économiquement viable.
Une pratique ancienne qui apporte des réponses à des préoccupations très actuelles : voilà sans doute l’un des messages les plus importants à faire émerger dans la communication sur le pastoralisme.
Après l’année internationale, comment prolonger la dynamique ?
L’année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux a constitué une opportunité pour renforcer la visibilité du pastoralisme. Mais comment transformer cette mobilisation ponctuelle en dynamique durable ?
Pour Victor Berthon, le sujet continuera d’occuper une place importante dans les actions du Sommet de l’Élevage. La valorisation de ces pratiques s’inscrit dans la durée et ne se limite pas à l’année 2026.
Olivier Maurin a, quant à lui, insisté sur un enjeu complémentaire : la nécessité de fédérer davantage les acteurs du pastoralisme.
La diversité des territoires, des pratiques et des filières constitue une richesse, mais elle peut également compliquer la construction d’une parole collective.
Renforcer les échanges entre professionnels, partager les expériences et faire émerger des messages communs représentent donc des étapes importantes pour gagner en visibilité et en reconnaissance.
Reste enfin une question essentielle pour les communicants : comment évaluer les effets de ces actions ?
Si les événements permettent de mobiliser et de susciter l’intérêt, mesurer leur capacité à faire évoluer durablement les connaissances et les représentations constitue un chantier à part entière.
De la visibilité à la compréhension : le défi des communicants agricoles
Cette rencontre organisée par le SYRPA a mis en évidence une distinction essentielle : faire parler d’une activité ne signifie pas nécessairement la faire comprendre.
L’opération Pâture a montré comment l’événementiel pouvait rendre le pastoralisme visible, accessible et attractif auprès de nouveaux publics.
Le témoignage d’Olivier Maurin a rappelé l’importance de ne pas s’arrêter à cette première étape et de raconter également les réalités humaines, économiques et environnementales de l’élevage.
Pour les professionnels de la communication agricole, l’enjeu consiste précisément à articuler ces deux dimensions : capter l’attention, puis transmettre les connaissances nécessaires pour faire évoluer les représentations.
Car le paradoxe demeure : le pastoralisme contribue à répondre à plusieurs défis de demain, mais il reste encore largement à expliquer aujourd’hui.
Le SYRPA remercie Olivier Maurin et Victor Berthon pour leurs interventions, Véronique Spaletta et Anaïs Zimouche pour la coanimation de cette rencontre, ainsi que l’Agence Communicante et Agrilys pour leur accueil sur le stand La Guinguette Business x Rillette au Sommet de l’Élevage 2026.