Face aux objectifs climatiques du Pacte vert européen, l’agriculture européenne est à la croisée des chemins. Comment concilier les exigences environnementales croissantes avec le maintien de la compétitivité de nos filières agricoles et agroalimentaires ? C’est tout l’enjeu d’une conférence-débat organisée par les Chambres d’agriculture, réunissant décideurs politiques, experts et représentants du monde agricole pour échanger sur l’avenir de la politique commerciale de l’Union européenne.
Pour répondre aux exigences climatiques du Green Deal, l’Union européenne s’engage sur une voie ambitieuse : neutralité carbone d’ici 2050, réduction de l’usage des pesticides et engrais, développement massif de l’agriculture biologique ou encore renforcement du bien-être animal. Des objectifs vertueux, mais qui posent une question de fond : l’agriculture européenne peut-elle rester compétitive tout en intégrant ces nouvelles contraintes environnementales ?
Julien Denormandie, ancien Ministre de l’Agriculture, et Clément Beaune, alors Secrétaire d’État aux Affaires européennes, ont échangé avec les acteurs du secteur sur ce délicat équilibre lors d’une conférence-débat coorganisée par les Chambres d’agriculture. Cet événement a permis d’aborder plusieurs points clés :
Clauses miroirs, accords de libre-échange et environnement
Les discussions ont mis en lumière les tensions croissantes entre les normes exigeantes imposées aux producteurs européens et la concurrence de produits importés ne répondant pas aux mêmes standards. D’où l’importance des clauses miroirs, qui visent à imposer aux importations les mêmes règles sanitaires, environnementales et sociales que celles applicables au sein de l’UE.
Autre enjeu majeur, le rôle et les effets des accords de libre-échange (tels que le CETA) sur l’agriculture. Sont-ils compatibles avec les nouvelles ambitions vertes de l’Union ? Une présentation de l’étude « Accords de libre-échange, politique commerciale agricole et stratégie environnementale de l’UE » par Thierry Pouch, économiste aux Chambres d’agriculture, a fourni des analyses précises à ce sujet.
Table rondes : regards croisés sur les enjeux agricoles et commerciaux
- Environnement vs libre-échange : Un débat d’experts avec Sophie Devienne (AgroParisTech), Nathalie Chaze (Commission européenne), et Gustavo Merlo (Ambassade d’Argentine), interrogeant la compatibilité entre respect de l’environnement et logique de marché mondial.
- Quelle place pour l’agriculture dans les accords commerciaux ? Témoignages de terrain avec Christine Valentin (Chambre d’agriculture de la Lozère), Interbev et Alexandre Gabriel (Bureau national interprofessionnel du Cognac).
- Guerre commerciale, protectionnisme et souveraineté alimentaire : Un éclairage politique apporté par Sophie Primas (Sénat), Jean-Baptiste Moreau (Assemblée nationale), Gilbert Guignand (CR Auvergne-Rhône-Alpes) et Marie-Pierre Vedrenne (Parlement européen).
Vers une stratégie commerciale plus équitable et durable
Les intervenants ont insisté sur l’urgence de bâtir une politique commerciale agricole cohérente avec les ambitions environnementales de l’Europe. Il s’agit notamment d’instaurer un cadre législatif solide autour des clauses miroirs, de lutter efficacement contre la déforestation importée et de mettre en œuvre le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF).
L’agriculture française et européenne ne pourra conserver sa place sur les marchés qu’à condition de réconcilier impératifs économiques, sociaux et environnementaux. Des leviers réglementaires mais aussi de valorisation (labels, traçabilité, origine) devront accompagner cette transformation.
La conférence s’est tenue en format hybride – présentiel et numérique – afin de permettre une large participation en dépit des contraintes sanitaires.
Accéder au formulaire de visionnage ou d’inscription : Cliquez ici (Pass sanitaire requis en présentiel).
Contact organisation : Juliette Boillet – juliette.boillet@apca.chambagri.fr – 01 40 64 16 72
Cette conférence-débat a marqué une étape importante dans la réflexion autour d’une agriculture durable, compétitive et souveraine. La voix du monde agricole doit rester au centre des discussions, pour que la transition agroécologique européenne soit à la fois ambitieuse et réaliste, notamment dans un contexte de compétitivité internationale accrue.



