Face à une société de plus en plus éloignée des réalités agricoles, la communication autour de l’élevage devient un enjeu majeur. Entre perceptions erronées, attentes environnementales et besoin de transparence, comment les éleveurs peuvent-ils renouer le lien avec les consommateurs ? Le Syrpa, le Space et l’association Agriculteurs de Bretagne ont organisé un Grand Débat destiné à explorer des pistes concrètes pour reconnecter celles et ceux qui produisent les aliments avec celles et ceux qui les consomment.
Un fossé grandissant entre consommateurs et éleveurs
Les études d’opinion sont formelles : les Français aiment les agriculteurs, mais se méfient de l’agriculture en tant que système. Florence Gramond, directrice du pôle agriculture chez BVA, parle même d’un fossé cognitif entre les mangeurs et les producteurs. Ce décalage se manifeste de différentes façons :
- Une méconnaissance généralisée des pratiques agricoles : 65 % des Français se disent peu informés sur l’origine ou les méthodes de production de leur alimentation ;
- Des jugements tranchés basés sur des représentations souvent erronées : beaucoup assimilent encore l’élevage à un modèle intensif et polluant ;
- Un sentiment de perte de contrôle sur ce qu’ils consomment, particulièrement marqué en milieu urbain.
Résultat : un paradoxe. Les citoyens soutiennent leurs agriculteurs dans les sondages, mais restent critiques quant à leurs pratiques. Une situation complexe pour les professionnels du secteur qui doivent à la fois répondre à des attentes multiples et maintenir une activité économiquement viable.
Une communication incarnée par les agriculteurs eux-mêmes
Pour les participants du Grand Débat Syrpa, la clé pour retisser ce lien de confiance réside dans une communication directe, sincère et pédagogique menée par les principaux concernés : les éleveurs.
Hervé Le Prince (agence Newsens) le rappelle : « Pendant longtemps, l’agriculture est restée silencieuse. Aujourd’hui, il devient vital de parler, d’expliquer, de montrer. » Cette notion d’agriculteur-ambassadeur prend tout son sens dans un monde connecté où une publication bien pensée peut toucher des milliers de personnes.
Dominique Gautier, éleveuse de porcs en Bretagne, en est convaincue : « Communiquer, c’est une responsabilité. Cela passe par la transparence, l’accueil sur l’exploitation et l’envie de créer du lien. » D’autres, comme Étienne Fourmont, optent pour les réseaux sociaux et les vidéos pédagogiques pour vulgariser leur quotidien.
Trois leviers pour une communication agricole efficace
Les intervenants ont identifié trois actions prioritaires pour améliorer la relation entre monde agricole et société :
- Écouter les attentes des consommateurs : comprendre leurs préoccupations écologiques, sanitaires ou éthiques sans les juger. Adapter le discours en conséquence.
- Montrer les réalités du métier : ouvrir les fermes, partager le quotidien via les réseaux sociaux, répondre aux questionnements. La transparence est la première étape vers la confiance.
- Simplifier la communication : éviter le jargon technique qui éloigne. Employer des mots simples, expliquer les décisions, les contraintes, les progrès réalisés. C’est aussi l’occasion d’expliquer la vision de l’écologie portée par les agriculteurs eux-mêmes.
Et demain ?
Loin des discours formatés, les témoignages du Grand Débat Syrpa appellent à un dialogue authentique, capable de dépasser les clivages entre agriculture dite conventionnelle, biologique ou raisonnée. Il ne s’agit pas d’opposer des modèles, mais de faire comprendre la diversité des pratiques et les efforts fournis pour concilier production et respect de l’environnement.
Pour y parvenir, les agriculteurs doivent reprendre la parole et investir les canaux de communication modernes. Moins pour se défendre que pour expliquer, rassurer et créer du lien.
Ce rapprochement entre agriculteurs et consommateurs ne pourra se faire que sur la base d’un dialogue constructif, animé par la sincérité, la pédagogie et l’ouverture. Face aux enjeux de souveraineté alimentaire et à la sensibilité croissante de la société sur les questions environnementales, les éleveurs ont aujourd’hui un rôle clé à jouer : celui de passeurs entre la terre et l’assiette.



