AUTONOMIE NUMÉRIQUE DES AGRICULTEURS

Un écart qui interroge toute stratégie digitale

Plus de 75 % des exploitations agricoles françaises sont connectées à Internet, et jusqu’à 90 % dans les structures de taille moyenne ou grande. Ces chiffres, souvent brandis comme preuve de la maturité numérique du secteur, masquent une réalité bien différente. Une étude* réalisée auprès des technicocommerciaux (TC) de la distribution agricole le mesure avec une précision inédite : vu du terrain, seulement 31 % des agriculteurs maîtrisent réellement les outils numériques de façon autonome. L’écart entre équipement et usage effectif dépasse 40 points.

Pour qui conçoit des campagnes, pilote des plateformes ou déploie des outils de communication digitale à destination des agriculteurs, ce chiffre n’est pas anecdotique. Il signifie concrètement que les deux tiers de l’audience visée naviguent avec difficulté dans les environnements numériques : formulaires en ligne, espaces adhérents, newsletters, applications mobiles, portails de commande. Miser exclusivement sur ces canaux, c’est structurellement en exclure une majorité.

Des freins structurels durables

Ce constat n’est pas conjoncturel. L’âge moyen élevé des chefs d’exploitation, un accès aux réseaux parfois défaillant, une formation initiale au numérique quasi absente et un isolement social constituent des freins durables. Les études auprès du grand public confirment que près de 40 % des ruraux de plus de 60 ans ne maîtrisent pas les bases du numérique. Ces caractéristiques ne vont pas se résorber en un ou deux ans.

La conséquence directe pour les communicants : l’accessibilité des contenus et des interfaces n’est pas un critère de confort, c’est une condition d’audience réellement touchée. 

Le TC, premier support numérique de l’agriculteur ?Les technicocommerciaux et les distributeurs ne font pas que vendre des intrants ou des semences. Ils compensent chaque jour une partie du déficit de compétences numériques de leurs clients : aide à la saisie sur les plateformes, explication des applications de suivi de cultures, accompagnement sur la télédéclaration PAC… Cette réalité de terrain transforme le rôle de la distribution agricole en premier niveau de support numérique : une fonction rarement formalisée, mais bien réelle.

Et si le TC était aussi un canal de communication à part entière ?

Si, comme on peut l’imaginer, les deux tiers des agriculteurs passent par un intermédiaire humain pour accéder au numérique, le TC n’est-il pas, de fait, l’un des vecteurs les plus fiables pour faire passer un message, expliquer un dispositif ou accompagner un changement de pratique ? La question mérite d’être posée à l’heure où les stratégies multicanales abandonnent largement le « print » et le présentiel.

*   8e Observatoire Métier TC – Bilan 2025 – IDDEM
Etude réalisée auprès de 300 TC de la distribution agricole française (coopératives et négoces) début 2026