Le véganisme : entre idéologie sociétale et défi pour les filières agricoles

Le véganisme s’affirme aujourd’hui non seulement comme un choix alimentaire, mais aussi comme un véritable projet de société. À travers une analyse proposée lors d’un atelier Syrpa, François Cassignol, vice-président de l’association, décrypte les ressorts idéologiques, économiques et communicationnels d’un mouvement de plus en plus influent. Retour sur les enseignements de cette conférence, et sur les leviers de réponse pour les filières agricoles et agroalimentaires.

Une idéologie du XXIe siècle ancrée dans la transition sociétale

Dans son ouvrage « Le véganisme, une idéologie du XXIe siècle » (Éditions de l’Aube), Adrien Dubrasquet, normalien et directeur associé chez Comfluence, explore le véganisme non plus comme une simple tendance de consommation, mais comme une grille de lecture du monde et un vecteur de transformation sociétale.

Le cœur de cette idéologie s’articule autour de trois piliers :

  • Le Bien-être animal, rejetant toute forme d’exploitation animale
  • Le Bien-faire climatique, par la réduction de l’empreinte écologique de l’alimentation
  • Le Bien-vivre, en lien avec la santé et le mode de vie

Ce triptyque trouve un fort écho chez une génération sensibilisée aux questions environnementales, avec une éducation structurée autour de la transition écologique.

Un activisme structuré et multicanal

Le développement du véganisme s’appuie sur une mécanique bien rodée :

  1. Informer et sensibiliser via des ONG comme L214, One Voice ou PETA, qui misent sur l’émotionnel et les formats viraux pour mobiliser
  2. Réorganiser l’économie avec une offre croissante d’alternatives végétales, favorisant l’émergence d’une « culture de l’ersatz » (substituts à la viande, aux produits laitiers, etc.)
  3. Politiser le mouvement grâce à des partis engagés (Parti animaliste, Révolution écologique pour le vivant, etc.) intégrant des revendications sur la condition animale au débat démocratique

Cette approche globale permet au véganisme d’influencer consommateurs, entreprises et décideurs publics.

Quel positionnement pour les filières agricoles ?

Face à cette montée en puissance, les acteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire peuvent adopter plusieurs stratégies :

  • Démarche protectionniste : défense du modèle traditionnel et dénonciation des produits concurrents
  • Démarche opportuniste : adaptation en développant des gammes végétales ou des approches hybrides
  • Démarche conciliatrice : initiatives comme le Pacte sociétal ou des démarches RSE visant le bien-être animal, la traçabilité et l’impact environnemental

Pour François Cassignol, il est essentiel de ne pas subir l’évolution, mais d’en prendre acte en engageant des actions de progrès tangibles, sincères et communiquées avec force.

Renforcer la communication et miser sur l’émotion

Dans ce contexte, les services communication doivent relever un double défi :

  • Structurer des communautés engagées autour de valeurs agricoles et alimentaires positives
  • Développer une stratégie d’influence assumée, crédible, et capable de peser dans les débats médiatiques et institutionnels

La bataille n’est plus seulement rationnelle : elle est émotionnelle. Il devient impératif de parler au cœur, de valoriser les hommes et les femmes de nos filières, leurs engagements, leur éthique et leur contribution à une alimentation durable et de qualité.

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Le véganisme interroge nos modèles agricoles, nos habitudes de consommation et notre relation à l’animal. Plus qu’une tendance, c’est un discours structuré qui impose aux filières traditionnelles de repenser leur communication, leur offre et leur position sociétale. Pour rester acteurs du débat, les professionnels doivent investir dans des stratégies à la fois éthiques, transparentes et émotionnellement impactantes.