Le bien-être animal n’est plus seulement une exigence réglementaire. Désormais au cœur des préoccupations citoyennes et des stratégies des filières agricoles et agroalimentaires, il s’impose comme un enjeu autant éthique que marketing. Lors d’un grand débat organisé par le Syrpa au Space de Rennes, des experts du monde agricole, vétérinaire et associatif ont échangé sur les défis et solutions pour concilier élevage et attentes de la société. Retour sur les points clés et les initiatives en cours.
Un sujet devenu sociétal et stratégique
François-Régis Huet, représentant d’Inaporc, rappelle que « jusqu’à récemment, le bien-être animal était un sujet exclusivement réglementaire. Aujourd’hui, il est devenu une demande sociétale et un levier marketing, parfois instable, qui impose des changements rapides sans toujours anticiper leur coût ou leur faisabilité ».
Des citoyens aux attentes contrastées
Selon Christine Roguet, expert de l’Ifip, une enquête récente montre des perceptions très diversifiées du grand public envers l’élevage : environ 5 % souhaitent son abolition, tandis que 10 % défendent un modèle intensif. Un quart préfère l’agriculture biologique ou les circuits courts, et une majorité de 51 % adopte une posture dite « progressiste », cherchant des garanties sur les conditions d’élevage.
Vers une approche plus nuancée : la « bien-traitance »
Jacques Guérin, président de l’Ordre national des vétérinaires, insiste : « Il n’existe pas un seul bien-être animal : chaque espèce, chaque contexte est particulier. Il est plus pertinent de parler de bien-traitance et de bienveillance ». Cette terminologie offre une vision plus concrète et réalisable.
Travailler ensemble pour progresser
Ghislain Zuccolo, directeur général de l’association Welfarm, milite pour une collaboration entre ONG, éleveurs et agro-industriels. Il souligne que « les progrès ne viennent plus seulement des directives européennes, mais aussi des filières et des distributeurs qui prennent l’initiative de transformer les pratiques ».
Une démarche proactive dans la distribution
Patrick Faure, responsable de la filière porcine chez Agromousquetaires, explique qu’un Comité scientifique a été mis en place pour structurer et valider les démarches d’amélioration : « Cela permet de mieux coordonner les efforts entre production et distribution, dans une logique de progrès maîtrisé ».
Vers des engagements collectifs et mesurables
François Cassignol, de Culture Viande, cite l’exemple d’un pacte sociétal coconstruit entre l’interprofession bovine et plusieurs ONG, intégrant les volets environnement, nutrition et bien-être animal. Il rappelle aussi que « les recommandations de l’OMS en matière de consommation de viande rouge sont respectées en France, avec une moyenne de 320 g par semaine », bien en deçà des 500 g recommandés.
Des leviers de communication à activer
Pour Laurent Péron, membre du Syrpa, les éleveurs doivent continuer à investir les réseaux sociaux : « Les formats comme les vidéos, les infographies ou les podcasts permettent de toucher efficacement le public urbain. Les portes ouvertes dans les fermes restent utiles, mais elles touchent surtout un public déjà sensibilisé. Pour répondre aux idées reçues, il faut articuler des arguments techniques, économiques et émotionnels adaptés à chaque cible ».
Dans un contexte où les attentes sociétales deviennent des paramètres clés de production, la filière agricole et agroalimentaire s’engage activement dans la prise en compte du bien-être animal. Cette évolution, qui conjugue adaptation réglementaire, innovation de terrain et communication stratégique, doit être construite dans la durée, avec transparence et pédagogie.


